Balises itinérantes ou le parcours non identifié

 

DSCF9029 Balises, huiles sur spinnakers, 90 x 30 cm, Port Omonville La Rogue

 

Balise itinérante, parce que je vais exposer ces peintures toponymes sur spinnakers dans différents ports le temps d’une après-midi ou d’une journée.

Parcours non-identifié, parce que pour cette démarche le spect-acteur ne sait pas d’où sont prélevés les toponymes.

Il s’agit d’une rencontre entre le signe plastique et le signe maritime, entre la sonorité d’un mot, d’un nom, d’une langue -toponymes breton- et la vibration d’une couleur.

En mer les balises annoncent des dangers côtiers, des routes d’eaux profondes, des entrées et sorties de port. L’on reconnait ces indications grâce à leur couleur en journée et leur rythme lumineux la nuit. Touts ces balises sont regroupées en catégories, bâbord, tribord, danger isolée, cardinales, Eaux saines. Toutes ces catégories existent en séries illimitées pour baliser la côte et aussi la nommer. Chaque balise possède un toponyme qui permet de nommer un lieu-dit.  Ce toponyme est avant tout une marque de l’histoire du lieu, en nommant un cailloux, la forme de la côte… il nous replace dans le contexte historique. Le nom d’une côte était donné par les marins arrivant dans une baie par rapport à la vision visuelle ou sonore qui s’offrait à eux. La forme du cap ou de la tête de la côte, le son de la mer à cet endroit, la forme de ses vagues, de la houle, le bruit du ressac. On rencontre ainsi des juments, des louves, des chats, des chèvres…

Le toponyme indique aussi la couleur d’un lieu, de son rocher, d’un rocher plein d’algues, la couleur de la mer à cet endroit, d’où La Pierre noire, La Pierre Verte,

Le Moulin Blanc indique un amer…

Avec le temps, le toponyme c’est rationalisé en indiquant le nom d’un lieu de pêche, le nom d’une épave, en devenant un numéro, un juron de marin… mais dans sa globalité le toponyme demeure mystérieux, attaché à la mémoire du lieu.

Je décide alors de prendre des noms sur la carte marine et de créer un parcours côtier. En premier lieu les noms sont prélevées de manière discontinu en baladant mon œil sur la carte et en choisissant des noms dont la sonorité m’interpelle, ou qui sont drôles, ou intriguant ou qui jouent avec la couleur nommé en tant que toponyme et la couleur de la balise. Après je me suis dis que se serait bien de procéder par escales et d’emmener le spect-acteur (spect-acteur parce qu’il apporte sa contribution à l’œuvre par son imaginaire) en balade côtière de lieux en lieux à la rencontre des lieux dits qui ponctuent les côtes de France.

DSCF9044 Balises, huiles sur spinnakers, 90 x 30 cm, Omonville la Rogue

 

Pour autant  « balises itinérantes » ne correspond pas tout à fait à un renversement topographique comme on peut le voir chez Denis Oppenheim qui permute les lieux. Ce n’est par non plus un jeu entre le site et le non site comme chez Robert Smithson. En effet tout en offrant une promenade sur les quais au milieu de balises et de toponymes, nul passant ne sait d’où est prélevé le toponyme alors que le lieu permuté ou prélevé est indiqué chez les deux artistes précités. Ici, il s’agit d’une confrontation poétique de la couleur et du nom. En effet je ne note pas sur l’œuvre le lieu d’où j’ai prélevé le signe et laisse le spect-acteur de l’œuvre dans un mystère topographique.

Il s’agit d’abord d’un jeu entre le toponyme et la couleur, entre le signe nautique et le signe plastique. A partir des noms que je prélève de certaines balises, pour la curiosité qu’ils peuvent suscités entre la couleur et le mot, je crée un parcours nouveau. Le fait de ne pas savoir d’où est prélevé le lieu dit doit transporter le spect-acteur dans un imaginaire du lieu, comme lorsque l’on recherche le mystère de l’île Thulé. Si certains se contentent avec plaisir de la couleur et du toponyme d’autres sont bousculés dans leur errance en ne pouvant pas situer le lieu d’origine de la balise. Cette installation doit aussi susciter la curiosité dans l’œil du spect-acteur et l’inciter à rechercher et voir la mer autrement.

Ce parcours non-identifié, puisque l’on ne sait pas si « comme tu pourras » vient de Saint – Brieuc, « les Pierres Vertes » de Ouessant, ou « Basse Gouac’h » de Saint Guénolé, provoque alors un vertige  » Mais où est-ce ? Où suis-je ? » .  Où est « la Pierre Noire » ? Si j’ai parfois noté les coordonnées au dos de la peinture, je les ai aussi omis, ce qui me plonge moi-même dans cette confusion du lieu m’obligeant à ma laisser happer par un lieu-dit temporaire qui devient le lieu-dit où je me situe en en prenant acte.

Il faut alors accepter cet itinéraire plastique avec la perte de certains repères topographiques et faire l’effort d’aller les trouver sur la carte comme une chasse au trésor, une fouille archéologique. Il faut accepter de ne pas pouvoir situer le lieu-dit original et entrer dans la couleur et le mot sans clés supplémentaires.

Cette ignorance provoque alors le mystère du lieu et la fantasmagorie du lieu. Elle incite à l’exploration comme un découvreur de continent qui partait à la recherche de terres lointaines, de passages., une sorte d’Eldorado à trouver, un mystère du lieu.

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Je joue ainsi avec les balises en les disposant aussi sur la jetée comme une indication pour entrer au port. Ici une cardinale Ouest annonçant un danger à l’est et des eaux à courri à l’ouest est accroché sur la digue de façon à ce que les marins voient la peinture en entrant au port.

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Le signe plastique devient un instant un avertissement cherchant à avertir ou préserver de quelque chose. L’inscription intrigue alors, quelle information nous communique-t-elle?

Ici, il s’agit de « Rouge de Glénan » décontextualisé.

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