De nuit sur Pen Duick VI

Avant de vous raconter ma sortie sur Pen duick VII, je reviens sur mes peintures de balises. Cela fait quelques temps que je ne suis pas partie en mer, et la navigation à voile, quitter le port, naviguer de nuit, voir les éclats de lumières au loin, être accompagné de la pleine lune, voir les étoiles, ou être dans une nuit noire, une brume épaisse, une tempête et 10m de creux durant trois jours dans le Gascogne…. les jours où l’on se dit « mais qu’est-ce que je fais là, alors que je pourrai être tranquille chez moi avec mon chien, les nuits où l’on ne dort pas, mais celles aussi où l’on est heureux d’être en mer, recréer un univers en peinture après avoir naviguer commencent néanmoins à me manquer.

Une saison en capitainerie en Corse à amarrer des yachts durant 6 mois a déclenché une mauvaise tendinite qui s’est transformée en capsulite rétractile aux deux bras. Impossible de bouger ou de naviguer depuis 2018.

Et quand cela va mieux, une pandémie nous bloque à la maison et trop de piano ou trop de charges trop lourdes re-déclenchent le tout.

Alors voici quelques peintures

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 Lorsque j’ai traversé le Golfe de Gascogne en octobre, j’ai traversé 3 nuits de tempête. Je n’étais pas fière, et j’ai mis longtemps à remonter sur un bateau. J’ai d’abord reparticipé aux régates en équipages par tout temps, mais ce sont les navigations sur J80 avec un moniteur très pédagogue qui m’ont le plus aidé à surmonter mes peurs du chavirage ainsi que la navigation seule à la barre de Pen Duick VI de nuit durant 30 minutes qui auront réussi à me redonner espoir et le courage de naviguer sans peur. Terrienne, je ne suis peut – être pas si à l’aise que cela en mer, mais au moins cela me réconcilie avec beaucoup de choses à Terre.

La mer et la navigation permettent se partage entre humain bien plus simple qu’à terre. Ou l’on s’invite très vite entre voisins de mouillage, de ponton, de voyageurs atypique.

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Pen Duick VI fêtait ses 40 ans et était à Rouen. Nous étions 4 à bord, le capitaine, le second, un autre marin et moi « le mousse stagiaire ».

Durant la remontée de la Seine, un 5e matelot visiteurs membre de l’association Tabarly était à bord mais ne pouvait pas naviguer jusqu’au bout et a débarqué en cours de route. Moi qui pensait que nous serions nombreux, que je n’aurais peut-être pas l’occasion de tenir la barre au milieu d’un groupe de régatier fou.

A mon arrivée la veille du départ, Gab me demande si je vais pouvoir barrer avec eux. Oui et je suis plus a l’aise de nuit pour former les quarts.

Le matin je naviguait en J80 à Cherbourg dans une mer verte recouverte d’écume blanche. Nous nous sommes bien fait secouer dans la rade. Juste après j’ai pris le train pour Rouen, j’ai du mettre toute l’après midi en tchou tchou TER pour rejoindre Rouen. Je demande aux hôtesses sur les quais qui sont là pour orienter les visiteurs durant l’armada de Rouen où sont les Pen Duick et celle-ci me dis ne pas connaitre le bateau ni Tabarly. J’hallucine un peu de son ignorance, notamment parce qu’elle  est censé guider le public. Je finis par les trouver en demandant aux promeneurs le long des quai.

 

On vient me chercher en annexe, les bateaux sont loin du quai au milieu de la Seine. J’ai autant avec moi que si je partait une semaine. J’ai prévu du change au cas où je serai trempée bien que je me doute que ce ne sera pas vraiment facile de me changer. 

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Nous quittons Rouen le matin et naviguons sur la Seine au milieu des navires présent à l’Armada. Le public nous salue, nous les saluons en retour. Le paysage côtier est surréaliste passant de paysages verdoyant à des scènes industrielles, de grues, de futs de pétroles, d’outils, de tuyaux, puis au virage suivant de nouveau le paysage de verdure, impressionniste. Les autres Pen Duick nous suivent, se reflètent dans l’eau.

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Il est temps d’aller se reposer pour prendre le quart de nuit en pleine forme.

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Arrivée au Havre, nous hissons les voiles au milieu des conteneurs, ça sonne à tout va. Enfin le moteur s’arrête.

La houle et la mer ont eu raison de mon estomac en hissant  les voiles. Ou plutôt mes allers et retours à l’intérieur du voilier pour poser l’appareil photo, reprendre un chapeau péruvien pour la nuit, et que sais-je encore.

Je n’ai jamais aimé l’intérieur d’un voilier qui me donne ce fichu mal de mer dont je me passerai bien.

Le capitaine me dit de regarder le coucher du soleil, de profiter. Il ne comprend pas ce mal de mer puisque je régate en J80 tous les samedis, que j’ai l’habitude de naviguer. La houle, la mer qui bouge sortie de la Seine, passé les ponts de Normandie, Tancarville, le peur de l’orage ? Non pourtant. Juste le temps de sortir pour rendre mon repas à la mer.

Je contemple l’horizon au rappel.

 

Au bout d’un certain temps je vais mieux et le capitaine me passe la barre dans la nuit assez noire. Wouah, quel bateau léger. Je m’attendais à un bateau lourd comme j’en ai connu, mais non, la barre à roue se gère d’une seule main quasiment de l’index.

Le capitaine a confiance,  » tu barres bien, j’ai confiance » et le voilà qui descend à l’intérieur du bateau me laissant seule à la barre, longeant la Baie de Seine et ses lumières, le faisceau d’un phare, les éclats des balises, des éclats rouge. Cela étincelle tout le long de la côte dans la noirceur de la nuit.  Dans la tranquillité de la nuit, sa douceur, son silence.

Mais qu’est-ce qu’on est bien à bord.

Le capitaine remonte au bout d’une demi heure. Nous sommes au près. Virement de bord, changement de quart.

A bord je ne dors pas, et me laisse bercer par le mouvement du bateau. Je suis habituée à la barre franche et me voilà à la barre à roue. La concentration m’est plus intense car les mouvements sont inversés et je ne voudrais pas, par automatisme, faire une erreur de barre. Alors, les yeux fermés je sens les mouvements et les mentalise à la barre franche, les transpose à la barre à roue pour qu’ils deviennent plus simple et évident à la reprise de on quart.

Pour ceux qui ne connaissent pas, la barre à roue, c’est comme en voiture, on tourne à gauche on va à gauche.

La barre franche, c’est l’inverse, on va gauche on pousse la barre sur la droite. Si je connais ces mouvements par coeur, pour avoir appris les yeux fermés au près, pour mieux sentir les mouvements, mieux sentir ce que le bateau fait de lui même au près, la barre à roue m’ait plus étrangère. Alors je me laisse imprégné du mouvement pour que mon cerveau s’habitue au geste. 

Changement de quart.

Nous arrivons à Cherbourg. Affalons les voiles pour rentrer dans la grande rade.

Je reste à bord plus longtemps que prévu, pas envie de partir. J’aide l’équipage à nettoyer le pont, remplir les bouteilles d’eau, participer aux taches. Je me souviens qu’en longeant la Seine à un moment je suis descendue et j’ai donner un coupe de main pour faire la vaisselle. Après tout je ne voyais pas pourquoi je ne participerai as un peu. Le second était un peu embêté « bah non je ne voulais pas t’embêter avec la vaisselle fallait pas. » 

A la fin, content de ma participation, le capitaine me dis : » Tu fais partie de l’équipage maintenant. »

Je remercie cette équipage et l’association Tabarly de permettre ces sorties en mer.

Journal de bord 2013 juin

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